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La superbe pointe de Kermorvan ( Enez Konk )

( Commune du Conquet )






GPS du parking de l'isthme : 48°21'50 N  4°46'31W




La presqu'île de Kermorvan constitue l'un des principaux joyaux du Pays d'Iroise. C'est à la fois une plage immense ouverte sur une anse splendide, une longue promenade sur un sentier escarpé serpentant au-dessus d'une côte restée sauvage, un îlot isolé que surmonte un fort du XIXe, un phare emblématique relégué tout au bout d'une pointe rocheuse et une vue imprenable sur un port actif qui s'enfonce dans un aber magnifique. Propriété du Conservatoire du Littoral, toute la pointe est maintenant protégée et entretenue par la Communauté de Communes du Pays d'Iroise.
Le parcours pédestre d'une heure et demie environ se mérite : le sentier, parfois étroit, souvent encombré d'émergences rocheuses, équipé d'escaliers pour gravir les plus fortes pentes suit une côte vallonnée qui fait le bonheur des joggeurs. Si vous n'êtes pas trop sûrs de votre équilibre, munissez-vous de bâtons de randonnée, surtout si le sol est un peu mouillé.
Poussettes et fauteuils roulants : ne pas quitter la petite route goudronnée. Elle conduit sans problème au phare situé à un kilomètre.



Accès :   Venant de Brest ou du Conquet, prendre la route entre l'arrière-port du Conquet et l'étang de Kerjan, direction St-Renan, Plouarzel. Obliquer à gauche au premier carrefour en direction de Ploumoguer et Plouarzel. Au carrefour suivant, prendre à gauche vers la presqu'île de Kermorvan et la plage des Blancs Sablons. Stationner au parking de l'isthme, à la fin de la route.



    Vous êtes à l'endroit le plus étroit d'une longue presqu'île qui sépare la ria du Conquet de l'Anse des Blancs Sablons et de la mer d'Iroise. Des deux côtés la vue est superbe. Le port et les maisons du Conquet s'étagent au sud, tandis qu'au nord la grande plage des Blancs Sablons s'étend sur plus de deux kilomètres.

    Franchissons la barrière et suivons à pied la petite route goudronnée.



On remarque au passage des vestiges de fortifications. De tout temps la presqu'île a été un lieu stratégique. Cela fut le cas dès la Préhistoire, époque où elle constituait déjà un remarquable éperon barré.
    Des mégalithes témoignent plus loin d'une occupation au Néolithique.
La proximité d'un port et la défense d'une longue plage où l'ennemi pouvait débarquer en ont fait à toutes les périodes de l'histoire un lieu essentiel de la défense côtière ainsi qu'un terrain de manœuvres tout trouvé pour les militaires.
A 150 m du parking, descendons sur le sentier côtier qui s'ouvre au bas d'un large escalier sur la droite.



    Nous longeons la face Est de la presqu'île. On aperçoit à droite la longue plage des Blancs Sablons que trois éperons rocheux divisent à marée haute en quatre parties. C'est le rendez-vous des amateurs d'activités nautiques en tout genre ainsi que des parapentistes. Le rendez-vous aussi des nombreux baigneurs brestois du week-end.






Mandala de plage aux Blancs Sablons le 7 avril 2019 © P.L.

  Plus loin, en face, on aperçoit les éoliennes de Ploumoguer, ses plages et la pointe de Corsen, sur la commune de Plouarzel, où se dressent les bâtiments du CROSS ( Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage ) en charge d'assurer, entre autres, la sécurité navale de toute la pointe bretonne, ainsi que les opérations de sauvetage et de lutte anti-pollution.



  En contrebas du sentier, les roches isolées sont le reposoir des mouettes et des cormorans. Plus loin, dans une échancrure de la côte, vous apercevrez peut-être des séances d'initiation du club de plongée du Conquet. A cet endroit en effet, la transparence de l'eau est remarquable.



  Le sentier débouche ensuite à un carrefour de chemins. Si l'on désire abréger le parcours, on peut tourner à gauche puis à droite afin de rejoindre le phare. Mais ce serait se priver de la partie la plus belle de cet itinéraire. Continuons plutôt de longer la côte en allant à droite. Nous reviendrons ici tout à l'heure.



  Nous arrivons bientôt à un petit promontoire qui embrasse une vue magnifique sur l'Ilette dominée par son fort. Ce joli nom de l'Ilette est en fait une prononciation de son ancien nom, l'Ilet, en faisant sonner le t final, comme il est d'usage en Bretagne. Mais l'Ilet est la déformation française de son nom breton Lined. Les marins pêcheurs désignent par Korn Lined la pointe nord de cet îlot.



  Quant au fort qui en fait son originalité, il est dans la lignée des fortifications dressées sur toute la côte au milieu du XIXe siècle.
  Le sentier nous conduit à examiner ce fort de plus près.







  Il s'agit d'un corps de garde crénelé, type n°2 de 1847, destiné à défendre le passage vers la rade de Brest ainsi qu'à prévenir tout débarquement dans l'anse des Blancs Sablons. Des différends coloniaux avec l'Angleterre avaient en effet conduit le roi Louis-Philippe à défendre prioritairement toute la zone. Les travaux se sont poursuivis jusqu'en 1852 quels que soient les changements politiques que la France ait connus à cette époque. On devine les difficultés liées à ce chantier qui ne pouvait être approvisionné à marée haute et par temps calme que par des embarcations à faible tirant d'eau.
  Ce corps de garde comprenait une garnison permanente qui disposait sur place sous la terrasse d'artillerie de plusieurs magasins ( à poudre, à vivres et à arsenal militaire ), d'une citerne, et de logements pour son personnel. Un pont-levis en défendait l'entrée et on observe encore les bretèches en saillie, les larges ouvertures destinées aux canons et les créneaux de fusillade qui, telles des archères médiévales, sont répartis en deux rangées sur tout le mur d'enceinte.



  Il est possible d'accéder à l'Ilette à pied à marée basse. Toutefois le passage est difficile car le tombolo qui sépare cet îlot du continent est formé de grosses roches couvertes d'algues glissantes et le temps imparti au visiteur est réduit à cause de la marée montante.
Les horaires des marées aujourd'hui: cliquez sur le lien suivant : SHOM

Laissant l'Ilette derrière nous, poursuivons notre parcours sur le sentier en direction du sud. Au loin se profilent bientôt la pointe de Kermorvan et son phare.



  Le chemin longe maintenant la face ouest de la presqu'île. Entre celle-ci et les îles de Béniguet, Litiry et Quéménès, ce bras de la mer d'Iroise porte le nom de chenal du Four. Plus loin en direction de Molène et Ouessant, c'est le chenal de la Helle. Jusqu'à la marée noire de 1978, déclenchée par le naufrage de l'Amoco Cadiz, une grande partie de l'intense navigation autour de la pointe bretonne s'effectuait par ce raccourci. Il est désormais obligatoire d'emprunter, derrière les îles, le rail d'Ouessant. Les chenaux du Four et de la Helle sont réservés aux bateaux de pêche et de plaisance, aux navires de la Marine nationale et, sous certaines conditions seulement, à ceux transportant des passagers.


En route vers Bilbao, le ferry Cap Finistère longe la presqu'île de Kermorvan

  On passe auprès de l'un des nombreux tobrouks que l'occupant allemand a édifiés le long de la côte pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce type de bunker individuel bétonné était discret et dissimulait une vigie armée d'une mitrailleuse MG-34.



  A droite, un sentier mène directement à la plage de Porz Pabu. Saint Pabu est l'appellation familière de Saint Tugdual1, un moine gallois qui aurait débarqué sur cette plage au VIe siècle afin d'évangéliser la population. Ce saint fait partie des 7 saints principaux de Bretagne et il est le patron de l'église de la commune de Trébabu voisine.




  Mais continuons sur le large chemin supérieur. Nous arrivons au carrefour de sentiers de tout à l'heure. Obliquons à droite et descendons sur le GR-34 qui longe la plage de Porz Pabu dont l'accès par la mer tombait pendant la guerre sous le feu de deux blockhaus savamment enterrés.





  Non loin du phare de Kermorvan, nous apercevons en contrebas du chemin côtier un réservoir d'eau fermé par un muret. Au Conquet, on l'appelle «la piscine des Allemands». Cette dénomination est sans doute fondée, mais bien avant l'Occupation c'était tout simplement un réservoir d'eau douce alimenté par une source de la falaise. L'endroit porte le nom breton de Aod ar Feunteun ( la côte de la fontaine ) et a dû servir non seulement aux gardiens du phare, mais aussi aux nombreux voiliers en quête d'une source facilement accessible pour se réapprovisionner en eau douce. Toutefois, après une tempête, il n'était pas impossible que cette eau fût quelque peu salée...



  Le fort et le phare de Kermorvan apparaissent maintenant sur la droite. Le phare lui-même n'est ouvert à la visite qu'en saison touristique. Mais on peut aller en faire le tour. Franchissons donc son enclos.



On est d'abord frappé par la ressemblance entre le fort de Kermorvan et celui de l'Ilette. Ils font en effet partie de la même famille. Celui de Kermorvan est un corps de garde de type 2 de 1846. Stratégiquement très bien situé, il contrôlait et balayait à la fois le chenal du Four et l'entrée du port du Conquet.



  A son pied, prenons le chemin de droite qui mène au nord du fort. Puis continuons tout droit en gardant la mer à notre droite. Une allée pavée nous permet soudain d'avoir une vue magnifique sur le phare.



  On voit qu'un pont a été construit pour y accéder. A cet endroit on remarquera sur le parapet d'un côté une série d'anneaux et de l'autre deux anciennes barres métalliques.



  Il faut imaginer les paquets de mer qui s'écrasent sur ce pont les jours de tempête. Pour permettre autrefois un accès au phare en une relative sécurité, on pouvait s'accrocher aux barres ou à une corde fixée aux anneaux. Ce n'est plus indispensable aujourd'hui, il n'y a plus de gardiens, le phare est télécommandé.

  Idéalement situé à l'extrême pointe de la presqu'île, Kermorvan est le phare terrestre le plus occidental de France. Mis en service en 1849 et d'une hauteur totale de 20,35 m, il donne la direction du chenal du Four lorsqu'on l'aligne avec le phare de St-Mathieu et celle du chenal de la Helle si on l'aligne avec le feu de Lochrist.


En réalité les faisceaux colorés ici en jaune et en bleu sont blancs.
© D'après la carte marine 7122P éditée par le SHOM
« De la pointe St-Mathieu au phare du Four »


  Son éclat blanc toutes les 5 secondes porte jusqu'à 22 milles, soit plus de 40 km.



Davantage d'infos sur le phare de Kermorvan :


Le phare de Kermorvan



   En revenant vers le fort, on aperçoit, face à celui-ci, une profonde cavité creusée dans le sol et protégée par un muret. Il s'agit d'un accès aux trois blockhaus de cette pointe afin de les approvisionner en munitions pendant l'Occupation. Les tunnels souterrains sont actuellement murés.

  On peut ensuite tourner à droite et suivre l'allée principale jusqu'à l'ancienne terrasse d'artillerie du fort. On y accède par un petit passage de 5 à 6 m de longueur où il vous faudra peut-être baisser la tête.





Mais c'est de cette terrasse que l'on a la meilleure vue sur le phare.



Du haut du phare, 24h/24, une vue à 360° :
webcam

  A la sortie de l'enclos du phare, on peut abréger le parcours et regagner directement le parking en prenant la petite route goudronnée qui longe deux des derniers menhirs.


Les derniers menhirs de Kermorvan

Si l'on désire continuer sur le sentier côtier, on peut apercevoir le blockhaus allemand dont le canon contrôlait toute la partie sud du chenal ainsi que l'entrée du port.



  Et l'on s'amusera sans doute aussi à prendre en photo le phare de Kermorvan sous des angles peu courants. 2.



  On longe ensuite la face sud de la presqu'île. Elle permet d'avoir une vue magnifique sur l'entrée du port du Conquet.



  Le sentier se poursuit ainsi, permettant d'admirer sous des angles différents l'embarcadère, le port, les quais et la ville qui s'étage devant la presqu'île.





  On aboutit enfin au parking. A partir de là, les amateurs de mégalithes pourront continuer leurs découvertes en suivant notre page consacrée aux derniers menhirs de Kermorvan.

  Et si vous voyez un parapentiste évoluer en silence au-dessus de la plage et de la ria, balançant son aile multicolore d'une rive à l'autre, n'hésitez pas à l'interroger lorsqu'il sera au sol. Il vous dira sans doute que, vue du ciel, cette presqu'île est si belle qu'il sait maintenant pourquoi les oiseaux chantent...

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-1- Lire sur internet la page intitulée Saint Tugdual écrite par Jean-Pierre Clochon, historien du Conquet. Il y relate l'arrivée de Saint Tugdual et explique l'origine de son surnom de Saint Pabu.

-2- Vous avez fait vous aussi une photo de ce genre sur le sentier de Kermorvan ? Nous pouvons la placer sur cette page si vous nous la faites parvenir par mail accompagnée de l'autorisation écrite de la personne qui y figure.



Yannick Loukianoff


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